Manifeste pour une coopération authentique et efficace dans le domaine des droits humains en Turquie

Alain Navarra-Navassartian & Alexis Krikorian, co-fondateurs de Hyestart

Des étudiants de l'université Bogazici manifestent devant un tribunal et demandent la libération de leurs camarades d'université qui sont jugés pour avoir protesté contre la nomination d'un nouveau recteur par le présidentErdogan à Istanbul, en Turquie, le 7 janvier 2021. Sur la bannière, on peut lire : "Défendre l'université n'est pas un crime ! Libérez les détenus !"


(Ce texte fait suite à notre texte du 11 novembre 2020 "Nous sommes atterrés mais nous n'abandonnerons pas).


Par le présent manifeste, nous souhaitons préciser notre texte du 11 novembre 2020 intitulé « Nous sommes atterrés, mais nous n’abandonnerons pas » que nous avions écrit au lendemain de la défaite arménienne dans la deuxième guerre du Karabagh, guerre qui avait été déclenchée par l’Azerbaïdjan le 27 septembre 2020 avec le soutien plein et entier de la Turquie et dans l’indifférence quasi-générale.


Nous maintenons que ce simple fait, qui est à l’origine des combats meurtriers, couplés aux nombreux crimes de guerre de l’Azerbaïdjan, fait que ce dernier a de facto perdu tout droit moral sur le Haut-Karabagh et ses habitants. Seule l’auto-détermination pourra garantir leur sécurité, de même que celle du patrimoine arménien en danger. Au-delà des questions de sécurité énergétique, il est grand temps que la communauté internationale reconnaisse ce fait. La nouvelle administration américaine qui dit vouloir placer sa politique internationale sous le signe des valeurs devrait travailler en ce sens. Pour l’instant, des signaux on ne peut plus contradictoires ont été émis de Washington sur la question du Karabagh. Nous verrons très prochainement, d’ici au 24 avril, si la nouvelle administration est en mesure de restaurer la crédibilité de la politique américaine de prévention des génocides, ou pas.


Dans notre texte du 11 novembre 2020, sous le coup de l’émotion, nous annoncions ne plus vouloir nous engager pour les droits humains en Turquie, pas tant qu’un homme ou une femme d’Etat ne décidera d’affronter l’histoire et la culture de la violence de son pays. Rappelons ici que lors de la parade de la victoire organisée à Bakou le 10 décembre 2020 (journée internationale des droits humains !), Erdogan, qui avait précédemment traité le drapeau arménien de « chiffon », a entonné les louages d’Enver Pacha, l’un des architectes du génocide des Arméniens, par ailleurs responsable du massacre de 10000 Arméniens dans cette même ville de Bakou en 1918. Nous en sommes donc très loin.


Nous annoncions par ailleurs que nous allions nous concentrer sur l’Arménie et l’Artsakh et leurs besoins, notamment sociaux-économiques selon des modalités à définir.


Après mures réflexions, nous annonçons par le présent vouloir maintenir Hyestart telle qu’elle est, tout en ayant la volonté de créer une structure sœur en Arménie afin d’y traiter de questions d’économie solidaire notamment.


Nous restons donc engagés pour les droits humains et la démocratie en Turquie et en Arménie, par le truchement de Hyestart.


Simplement, et conformément à l’esprit de notre texte du 11 novembre 2020, nous ne coopérerons en Turquie qu’avec des personnes et des organisations qui reconnaissent de manière nette et définitive le génocide des Arméniens, par exemple avec celles et ceux de nos amis kurdes et certains de nos amis turcs qui avaient exprimé leur solidarité au cours de la deuxième guerre du Karabagh.


En revanche, et c’est sans doute ce que nous voulions dire dans notre texte du 11 novembre, le « dialogue » et le travail avec celles et ceux qui ne reconnaissent pas la réalité du génocide des Arméniens ou, pire encore, ceux qui auraient des arrière-pensées n’aura tout simplement plus lieu d’être. La période des faux-semblants, qui a pu parfois caractérisée le « dialogue » turco-arménien des années 2000-2020, doit ainsi prendre fin, de notre point de vue. Une nouvelle ère fondée sur l’efficacité et l’authencité doit maintenant s’ouvrir. Nous appliquerons aussi cette règle aux personnes et aux organisations non-turques.


En conclusion, nous ne coopérerons en Turquie – c’est un engagement - qu’avec celles et ceux qui s’engagent à œuvrer au démantèlement du racisme d’Etat et à son corolaire, véritable poison pour la démocratie turque et la paix dans la région, le négationnisme d’Etat. Ce sont là, de notre point de vue, les véritables combats à mener. De leur issue dépendra le destin de tous les autres droits humains en Turquie et au-delà.


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