Désobéir, refuser délibérément de se conformer à une loi, à une norme ou à un ordre

Mis à jour : mars 5

Alain Navarra-Navassartian

"Des révoltes locales à une contestation globale?"

HYESTART, partenaire thématique du FIFDH.


La désobéissance civile, comme dans le cas arménien, est bien une forme d’action politique qui a « dé-fatalisé le passé et ré-ouvert des options.» (Paul Ricoeur, 1992). Le mot civil est important puisqu’il s’oppose, entre autres, à militaire, c’est donc l’aspect pacifique de la résistance qu’il souligne. Civile renvoie aussi à la notion de citoyen(ne) et de citoyenneté, évoquant un engagement en faveur de la communauté pour l’avènement ou la restauration de la démocratie. On doit donc souligner que la désobéissance civile se développe en démocratie, car en situation totalitaire on aura tendance à la qualifier de rébellion ou de terrorisme. L’Arménie était donc une démocratie, mais la concentration des richesses et des pouvoirs entre les mains de quelques individus en avait fait une oligarchie civile, oligarchie dans laquelle non seulement les très riches, mais aussi les fonctionnaires de haut niveau ou les leaders d’opinion, jouaient un rôle crucial. D’autre part, la géographie de cette oligarchie civile a son importance, puisqu’en Arménie elle opérait dans une forme fragmentée et personnalisée de gouvernement. Il ne s’agit pas, ici, de définir la nature des conflits distributionnels qui sous-tendent les divers régimes politiques, mais de souligner que l’oligarchie et une certaine démocratie électorale coexistaient au sein d’un même régime politique en Arménie. L’entrée dans une économie de marché, mal maîtrisée, a changé de manière décisive les termes de dépendance matérielle et symbolique tout en ayant des répercussions importantes sur la structure politique.


La résistance civile portée par Nikol Pashinyan est celle de la voix populaire, une revendication à se faire entendre, à se réapproprier sa voix (S.Laugier, 2004).En ce sens, le mécontentement exprimé publiquement et galvanisé par Nikol Pashinyan peut se prévaloir d’une fonctionnalité démocratique. On enjoignait les gouvernants de l’époque à prendre leurs responsabilités, à identifier les causes du dysfonctionnement du pays et à agir. C’était rappeler d’où venait la légitimité des gouvernants et, dans le même temps, suspendre le consentement puisqu’on refusait de se reconnaitre dans la voie et les voix des représentants étatiques arméniens.


La résistance civile en Arménie, comme dans d’autres pays de l’ex-bloc soviétique, n’est pas une nouveauté. Les différentes manifestations de la fin des années 1980 en sont la preuve. Il y a une histoire des mouvements sociaux en Arménie qui procède d’une maturation historique, même si la montée en puissance de la résistance civile ne signifie pas que ce développement se soit fait de manière régulière. Mais l’espace de ces mouvements sociaux et plus encore celui mené par Nikol Pashinyan, a été l’espace social où une partie de la population a acquis ou a actualisé un ensemble de compétences à la conduite d’actions collectives et d’actions protestataires. Par son engagement militant et par sa façon de mener un travail journalistique critique, Pashinyan disposait d’une maitrise des schèmes d’actions et de perception inhérents à l’action collective. Cela lui permettra d’unifier l’hétérogénéité de la mobilisation pour canaliser et identifier clairement l’adversaire. Il réussira parfaitement, en défilant pacifiquement, à démontrer la force et la détermination de la population arménienne.


S’il s’agissait bien « d’un nouvel ordre de vie » (H. Blumer), on ne peut nier le fait que des mobilisations rétrogrades ont également accompagné cette révolution de velours, soulignant l’ambiguïté constitutive des coalitions (Lilian Mathieu, 2012).

Nikol Pashinyan saura structurer les différentes mouvances à l’intérieur du mouvement, mais ce qui caractérise particulièrement son action est d’avoir souligné qu’on rompait certes le contrat social en refusant l’obéissance à l’état dont on était citoyen, mais que désobéir revenait à réclamer la réalisation légitime et légale des droits du citoyen arménien. Finalement, résister ou désobéir relevait du respect réel du contrat social.


Il restera à définir à quoi on a donné son consentement. Car si on est prêt à penser la désobéissance comme une absence de règles prédéterminées du fonctionnement social, est-on prêt à penser qu’il n’y a pas de règles qui limitent l’acceptabilité des revendications et leur forme ? (S. Cavell, 1996).


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