Nous sommes atterrés, mais nous n'abandonnerons pas

Alain Navarra-Navassartian & Alexis Krikorian, co-fondateurs de Hyestart



© Alexis Pazoumian. Chouchi, 2020.

Le 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan a ouvert les hostilités contre les Arméniens du Haut-Karabagh par une attaque puissante et coordonnée. L’agression, d’une violence inouïe, a été menée avec le soutien logistique, tactique et opérationnel plein et entier de l’armée turque. Le 9 novembre 2020, un cessez-le-feu aux clauses léonines a été imposée à l’Arménie par la Russie. L’Arménie perd de nombreux territoires dont la ville symbole de Chouchi sans pour autant obtenir de garantie sur le statut du Karabagh.

Plus de la moitié de la population du Karabagh a fui les bombes et les massacres dont elle sait qu’ils auraient été inéluctables si les Arméniens du Karabagh avaient perdu. Le dictateur azéri Aliev a encore déclaré hier, ivre de la victoire, que les Arméniens avaient fui comme des « chiens ».

Bien que peu couverts dans les médias, les nombreux crimes de guerre de l’Azerbaïdjan ont été documentés, notamment :

· Utilisation de bombes à sous-munitions;

· Utilisation de munitions incendiaires;

· Décapitations;

· Recours à des mercenaires djihadistes syriens.

L’Azerbaïdjan a de facto perdu tout droit moral sur le Haut-Karabagh et ses habitants. Seule l’auto-détermination peut garantir leur sécurité. Il est grand temps que la communauté internationale reconnaisse ce fait.

L’Arménie a perdu 1500 jeunes hommes en 44 jours de guerre. Pour une démocratie de 3 millions d’âmes, c’est un tribut lourd. Très lourd.

Pendant des années, nous nous sommes engagés pour la démocratisation et les droits humains en Turquie. Pour une multitude de raisons. Parce que nous étions attachés à cette terre et à son destin. Parce qu’il en allait aussi de l’intérêt et de la sécurité de l’Arménie. Et nous avions raison : ce qui vient de se passer montre que la sécurité de l’Arménie n’était pas assurée avec un voisin négationniste.

Face à cela, face aux mensonges éhontés de médias turcs et azéris contrôlés par des pouvoirs autoritaires et dictatoriaux (qui ont notamment affirmé que c’est l’Arménie qui avait attaqué le 27 septembre !), le silence de certains de nos "amis" fut et reste assourdissant. Face à cette agression caractérisée visant à vider la population arménienne d’une de ses dernières terres historiques, ce silence de nos compagnons de route ne peut et ne pourra que laisser des traces. Seuls nos amis kurdes et certains de nos amis turcs ont exprimé leur solidarité et nous tenons à les en remercier.

Beaucoup parmi nos amis dits libéraux sont des hommes et des femmes qui, mettant les nationalismes turc et arménien sur le même plan, ont et continuent de faire, a minima, une erreur d’analyse. Car ne nous y trompons pas, c’est bien l’Arménie qui est la victime séculaire du nationalisme turc. Pas le contraire !

S’engager pour les droits humains en Turquie n’a pour l’instant pour nous plus de sens tant que ce pays ne changera pas de manière profonde et radicale son logiciel ultra-nationaliste et raciste. Tant qu’une révolution copernicienne, et non pas cosmétique, de l’Etat turc n’aura pas eu lieu. Dit plus clairement, nous ne nous engagerons plus pour les droits humains en Turquie tant qu’il n’y aura pas une réelle volonté de changement et tant qu’un homme ou une femme d’Etat n’affrontera pas l’histoire et la culture de la violence de son pays.

Dans les semaines et les mois qui viennent, Hyestart va par conséquent modifier ses statuts afin de s’adapter à cette nouvelle donne.

L’histoire est indubitablement dans une forme de répétition. Abandonnée lâchement par l'occident, l'Arménie a à nouveau payé le prix lourd son droit à la vie. Nos activités se concentreront par conséquent sur l’Arménie et l’Artsakh et leurs besoins (démocratiques, socio-économiques ou autres), selon des modalités qu’il nous conviendra de définir.

Le crime, dans le cas de l'Arménie, continue de payer, encore et encore. A ce jour, l'impunité de l'axe Bakou-Ankara est en effet totale. La lutte contre l’impunité des dirigeants de ses deux pays sera par conséquent également au cœur de notre nouveau modèle.

Nous sommes atterrés, mais nous n’abandonnons pas.

Alain Navarra, Alexis Krikorian, co-fondateurs de Hyestart.

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